dimanche 19 juillet 2015

J7 - Refuge de Chabournéou – Refuge de Vallonpierre




Petite étape de 2h1/2 avec possibilité d’extension à l’arrivée. 2 difficultés annoncées : une grande dalle glissante avec une main courante et un passage où il faudra probablement mettre les mains. La perspective ne m’enchante guère. L’environnement est encore plus minéral. Ça va, ça passe, mais l’escalade ce n’est vraiment pas mon truc. Un mauvais rapport poids/puissance et l’appréhension du vide ne me sont pas favorables. J’en bave !! En plus, je préfère l’herbe, les fleurs et les animaux aux roches, aux cailloux et aux névés moitié fondus.
Tant bien que mal la traversée se fait. Nous arrivons dans un champ lunaire, le sol est souple, c’est une sorte de sable gris et tout autour les montagnes sont grises, plissées, ridées, vieilles sans doute.

Le refuge de Vallonpierre est là, tout jeune lui par contre, accueillant, flanqué d’une belle mare remplie de têtards. C’est un carrefour dominé par le Sirac d’un côté, le pic de Vallonpierre de l’autre.

Assez d’émotions pour aujourd’hui ! Nous prenons l’option « col des chevrettes », recommandé par plusieurs randonneurs. Là, la montagne nous en fait voir de toutes les couleurs. Du vert pour commencer, un champ avec quelques cailloux et partout, partout des marmottes, des petites, des grosses, des brunes, des rousses, pas vraiment effrayées, méfiantes tout au plus. On monte, ici tout est gris, c’est l’ardoise qui domine et me voilà transportée dans mes classes primaires, à l’époque où on faisait nos exercices en écrivant avec un crayon d’ardoise sur une ardoise qu’on devait prendre soin de ne pas casser. Un peu plus haut la roche est violette, vraiment violette. si !
Il ne me reste rien des cours de géologie de Frère Marcel, mais cette pierre brillante pourrait bien être une sorte de quartz.
On avance encore en suivant les cairns et maintenant la roche est brune, rousse, mais à trop regarder par terre, on finirait par passer près des chamois sans les voir. Ils sont là et nous voient. 3, 4, 5, 6 sur la crête, loin mais leur silhouette se dessine très distinctivement sur l’arrête schisteuse.
Nous voici en haut du col. Le vent nous chasse assez rapidement. Sur le chemin du retour, les marmottes sont toujours là.
Ce soir encore, je mesure toutes les leçons que cette vieille dame « montagne » nous donne.
L’être humain a toujours envie, besoin d’aller voir plus loin, plus haut ; besoin de se mesurer aux éléments, de repousser les limites du possible. La montagne est un véritable terrain de jeu pour tout cela. Cette vallée nous aura fait vibrer ; austère, grandiose, minérale, escarpée…
Elle m’a fait peur parfois ; elle m’a obligée à aller puiser loin au fond de moi des forces, du courage, de l’énergie.Elle m’a contrainte à un certain dépassement. J’ai eu ma dose de cailloux, de rochers, d’éboulis, de pierriers ; trop d’à-pics, de trous, de verticalité. C’est beau, ça vaut le coup, mais pour l’an prochain, je mets d’ores et déjà des options sur les critères « vert, fleurs, pentes plus douces, lignes courbes ».
En chemin, mes garçons, je pense à vous à chaque instant.

Votre sœur est une chevrette ! Elle passe partout sans aucune difficulté ; elle galope devant, saute de rocher en rocher, se requinque de 2 rondelles de saucisson.
Te souviens-tu Hugo de cette vallée des Pyrénées où elle avait fait une bonne partie de la semaine sur tes épaules ? C’est avec toi que nous avons pris le goût de passer une semaine en altitude. Comme toi, Gautier, elle affectionne, déniche et emprunte systématiquement le moindre raccourci, s’assoit sur un caillou, lit 2 pages de son bouquin en nous attendant genre « alors les vieux, ça fait 3 plombes que je vous attends !».
Comme toi, Pierre, elle cavale devant, s’approche des animaux, et se trempe dans tous les torrents, quelle que soit la température de l’eau.

Antoine, non vraiment ton goût pour l’escalade ne vient pas de moi, je déteste cela !
Mes enfants, je pense à vous dans cet univers où je cultive l’endurance physique et psychologique, où tout me parle de vitalité et de santé.
Vue d’ici la planète est encore plus jolie, robuste mais en même temps,fragile.

Nous avons transporté notre poubelle toute la semaine. Nous avons entendu  une gardienne dire sa joie quand en avril elle n’a plus besoin de faire fondre la neige et que l’eau coule à nouveau. Nous avons apprécié la douche chaude. Nous avons réalisé que l’électricité n’est pas une évidence. Nous avons survécu sans portable. Nous avons admis que le Nutella à 2 500m d’altitude est un luxe et nous avons observé les astuces qu’il faut mettre en œuvre quand on est ainsi longtemps perché. En redescendant, on pensera au moins à éteindre les lumières.
Et puis, cette semaine nous a appris encore une chose. Tous les jours, quelle que soit la longueur de la rando et quel que soit le dénivelé, nous arrivons les derniers au refuge (ça, c’est une évidence) ;mais surtout la dernière demi-heure nous paraît interminable, dépassant précisément d’une demi-heure nos capacités physiques.
Il semblerait que contrairement aux apparences, tout se passe dans la tête. Et même si le corps forme un tout, le mental influence grandement l’activité physique. En tout cas, je sais maintenant que je peux toujours aller une demi-heure plus loin  et même au cœur de l’hiver, j’espère que je n’aurai pas oublié cela.

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